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Guide alimentaire canadien
Lignes directrices canadiennes en matière d’alimentation

SECTION 4 Mise en œuvre des lignes directrices en matière d’alimentation

Les programmes et politiques qui s’accordent avec les Lignes directrices canadiennes en matière d’alimentation fournissent des occasions de créer des environnements qui favorisent la saine alimentation. Pour assurer la réussite de la mise en œuvre de ces lignes directrices, il est essentiel de comprendre les obstacles qui empêchent les Canadiens de faire des choix alimentaires sains et de prendre les mesures correspondantes.

Les décisions en matière de saine alimentation sont influencées par de nombreuses facettes de notre environnement social et de notre environnement physique à partir du revenu du ménage et des compétences alimentaires jusqu’aux politiques gouvernementales en matière d’alimentation. Le secteur de la santé à l’échelon fédéral, provincial, territorial et régional s’efforce de mieux comprendre les enjeux nutritionnels et d’encourager des approches intersectorielles. Il veut ainsi s’assurer que les décideurs prennent en compte les impacts des divers programmes et politiques sur la santé en même temps que les autres priorités gouvernementales.

Les efforts déployés par les associations caritatives ainsi que les ordres/associations professionnelles du domaine de la santé pour réduire les risques de maladies chroniques et promouvoir la santé complémentent les efforts déployés par les gouvernements. Ces efforts peuvent favoriser la mise en œuvre des lignes directrices en matière d’alimentation.

Tous les secteurs ont un rôle à jouer pour que les Lignes directrices canadiennes en matière d’alimentation aient l’impact le plus positif, large et durable possible sur la santé nutritionnelle des Canadiens. Les secteurs incluent l’agriculture, l’environnement, l’éducation, le logement, le transport, l’industrie alimentaire, le commerce, les services à l’enfance et à la famille et les services sociaux. Il est nécessaire de mieux identifier et de combattre les obstacles physiques, économiques et sociaux en matière de saine alimentation. Les responsables des politiques de ces secteurs peuvent prendre des décisions dans leurs sphères d’influence respectives en vue d’améliorer la disponibilité des aliments de haute valeur nutritive et l’accès à de tels aliments chez les Canadiens de tous âges et de toute origine. Il est essentiel d’identifier les obstacles et les occasions à saisir lors de l’élaboration des politiques et programmes visant la création d’environnements favorables à la saine alimentation, partout au pays.

La disponibilité et l’accessibilité des aliments de haute valeur nutritive sont essentielles à une saine alimentation.

L’accès à des aliments de haute valeur nutritive, ainsi que la disponibilité de tels aliments, varient au sein des groupes de population et entre ceux-ci. On observe des iniquités en santé lorsque ces différences sont injustes et évitables.1 Les lignes directrices en matière d’alimentation visent à améliorer l’équité en santé sans aggraver les iniquités.

Les iniquités en santé découlent de facteurs et conditions (par exemple, biologiques, sociaux, culturels, économiques et environnementaux) qui ont un impact sur la santé.1-3 Ces facteurs et conditions sont appelés déterminants de la santé . Les déterminants de la santé ont été définis plus spécifiquement dans le cas de certaines populations autochtones du Canada à partir d’une approche plus holistique qui prend en compte les facteurs historiques, économiques, politiques et sociaux ayant un impact sur le bien-être de ces populations.4,5 Il s’agit des déterminants sociaux de la santé chez les Premières Nations et des déterminants sociaux de la santé chez les Inuits.

Les diverses combinaisons des déterminants de la santé ont un impact sur le comportement alimentaire. Il est essentiel de reconnaître les obstacles en matière d’accessibilité et de disponibilité des aliments de haute valeur nutritive. Ceci peut permettre d’identifier les interventions les plus appropriées et efficaces relativement à la mise en place d’environnements qui favorisent la saine alimentation, partout au pays.

Les Lignes directrices canadiennes en matière d’alimentation représentent l’un des éléments d’une approche plus globale favorisant la saine alimentation. Il importe d’agir sur les déterminants de la santé et de réduire les iniquités pour créer des environnements pouvant encourager les Canadiens à faire des choix alimentaires plus sains, compatibles avec les lignes directrices présentées dans ce rapport.

Certaines populations ont un risque accru de mauvaise alimentation

Les facteurs de risque des maladies chroniques et des conditions de santé liées à la nutrition (comme une faible consommation de légumes et de fruits) sont souvent qualifiés de « modifiables ». Toutefois de nombreuses personnes sont incapables de modifier leur alimentation compte tenu d’un manque de disponibilité d’aliments de haute valeur nutritive ou d’accessibilité à ceux-ci. Une telle situation peut être due à l’environnement alimentaire, aux conditions de vie personnelles ou à une combinaison de ces facteurs. L’existence d’iniquités sous-jacentes en matière de santé peut avoir un impact sur l’insécurité alimentaire et l’état de santé moins positif observés chez certains groupes de population au Canada. Les groupes les plus à risque de mauvaise santé sont les peuples autochtones, les personnes à faible revenu, les habitants des zones rurales et les nouveaux arrivants au Canada.1 Un certain nombre de facteurs ont une influence sur la capacité de ces groupes de prendre des décisions éclairées en matière de saine alimentation.

Par exemple, chez les peuples autochtones qui vivent dans des communautés nordiques éloignées et isolées, l’accès à des aliments de haute valeur nutritive, y compris aux aliments traditionnels, est souvent limité. De nombreux facteurs peuvent avoir un impact négatif à cet égard, comme de faibles possibilités d’emploi et un faible revenu. Par ailleurs, certains changements environnementaux nuisent à la récolte et à la consommation des aliments traditionnels. On observe aussi un manque d’accessibilité à la terre et aux ressources, une perte d’identité culturelle, une perte du savoir traditionnel entourant les pratiques culinaires ainsi que des fluctuations dans l’approvisionnement alimentaire, la qualité ou le prix des aliments dans les magasins des communautés éloignées.6 Certains déterminants sous-jacents ont contribué à des écarts socio-économiques inacceptables entre les communautés autochtones et non-autochtones.4,5

Pour illustrer un autre exemple, les nouveaux arrivants au Canada veulent parfois conserver et partager leur culture alimentaire originelle. En encourageant le maintien de cette culture, on peut favoriser la conservation de saines habitudes alimentaires chez les nouveaux arrivants et prolonger « l’effet de l’immigrant en santé ». On observe en effet que certains immigrants récents, surtout ceux qui sont arrivés à l’âge adulte, sont en meilleure santé que les personnes nées au Canada.7 Cet avantage s’estompe souvent à la longue en raison de certains facteurs dont l’acculturation.  L’accès à des aliments de haute valeur nutritive peut parfois s’avérer difficile en raison de certains facteurs interreliés : faible revenu, obstacles linguistiques ou problèmes de transport, ainsi qu’une faible disponibilité d’aliments culturellement acceptables.8

On entend par insécurité alimentaire, une disponibilité limitée ou incertaine d’aliments nutritionnellement adéquats et sécuritaires. Ce concept couvre également une capacité limitée ou incertaine de se procurer des aliments par des moyens socialement acceptables.

Les taux d’insécurité alimentaire sont plus élevés chez les ménages autochtones que chez les non autochtones.

Les taux modérés à sévère d’insécurité alimentaire varient entre 22 % et 63 % chez les ménages autochtones (selon les populations étudiées), 12-19 La moyenne nationale d’insécurité alimentaire est de 8 % dans les ménages canadiens.20

L’insécurité alimentaire est aussi plus élevée chez les enfants autochtones que chez les non autochtones.19,21

De plus, les taux d’insécurité alimentaire sont particulièrement élevés dans les communautés nordiques éloignées et isolées.22

Les enfants et les personnes âgées de toute origine peuvent être plus à risque de mauvaise alimentation. Les choix alimentaires des enfants dépendent des aliments que leurs parents ou aidants sont en mesure de choisir et de préparer. Le revenu du ménage, la situation d’emploi et l’état de santé des parents ont un impact sur les choix offerts aux enfants. Les décisions d’achat des adultes sont aussi influencées par d’autres facteurs, comme la commodité, les messages commerciaux ou les commandites qui visent les enfants. Dans l’environnement complexe de l’information, les enfants sont particulièrement vulnérables aux stratégies de marketing alimentaire. Il a été démontré que ces stratégies encouragent surtout le choix de produits hautement transformés.9, 10

La population canadienne comporte maintenant un plus grand nombre de personnes âgées que d’enfants.11 Les personnes âgées sont parfois à risque de malnutrition en raison des facteurs positifs ou négatifs sur la santé auxquels elles ont été exposées tout au long de leur vie. Certains facteurs socio-économiques, comme un faible revenu, peuvent limiter leur capacité de se déplacer, d’acheter ou de transporter des aliments de haute valeur nutritive.23,24 Une perte de capacités peut aussi avoir un impact sur les choix et comportements alimentaires des adultes plus âgés. Certaines personnes âgées sont atteintes de troubles de mobilité ou de dextérité qui accentuent leur dépendance envers d’autres personnes relativement à l’achat des aliments et à la préparation des repas.24 On observe parfois un isolement social dû à la modification des réseaux familiaux et sociaux à la longue ou à la perte d’êtres chers. Cet isolement peut mener à la dépression et à une perte de motivation quant à la préparation et la consommation de repas nutritifs.24 Les femmes sont davantage affectées par la perte d’un conjoint. Toutefois, les veufs manquent souvent de compétences alimentaires; ils n’ont généralement pas la même capacité de préparer des repas nutritifs pour eux-mêmes. Certains changements physiologiques, comme une mauvaise santé buccodentaire, une perte d’appétit ou d’acuité sensorielle, une altération du processus digestif, des troubles de santé chroniques ou les effets des médicaments, peuvent aussi avoir un impact négatif sur l’alimentation des personnes âgées.23, 24

Une action collective réunissant tous les secteurs s’impose pour améliorer les déterminants de la santé et favoriser une saine alimentation chez tous les Canadiens. Une telle action complémentera et élargira les fondements de la saine alimentation fournis dans les Lignes directrices canadiennes en matière d’alimentation.

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